Issue de la vieille aristocratie des Flandres installée dès le milieu du XVIIIème siècle en France,Rose de Saint-Projet est la première d'une lignée de cinq filles, née en 1905 à Paris. Douée d'une intelligence précoce, d'une sensibilité et d'une acuité de jugement sans cesse avivées par la fréquentation des intellectuels, artistes ou mécènes que ses parents reçoivent, elle passera à dix-sept ans, le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, pour devenir l'une des plus jeunes agrégées de Lettres classiques. Ses premières recherches sur Sainte-Douceline, sa thèse universitaire ayant pour objet Marie de Ventadour puis ses premiers articles, témoignent de préoccupations qui signeront par la suite la recherche et le style de toute une vie. Sa démarche intellectuelle s'organise autour d'échanges et d'amitiés et l'amènera très vite à rencontrer des personnages comme Paulhan et Corti. Puis l'occupation, la résistance, les choix se reformuleront en termes de réflexion à mener auprès des femmes et d'un engagement. Rose de Saint-Projet est décédée en 1996. L'analyse des articles du Code Pénal consacrés à l'outrage à la pudeur, à la morale politique et religieuse et aux bonnes mœurs (article 330), à l'attentat aux mœurs (article 331), à l'attentat à la pudeur avec violence (article 332), complété par l'examen de la notion de viol et de violence (article 333), et au proxénétisme (article 334), ordonnance les trois premiers chapitres de l'ouvrage. L'étude des rapports de police relatifs aux deux célèbres affaires judiciaires Païva et Galifet ainsi qu'une monographie de la prostitution architecturent les deux autres chapitres d'un texte qui désenchevêtre et dénoue les entrelacs de la législation des mœurs au XIXème siècle. Ainsi, Rose de Saint-Projet interroge-t-elle avec sagacité et précision la contiguïté, à l'ère du capitalisme naissant, entre la condition faite aux enfants sur le marché du travail et celle qui leur est réservée sur le marché sexuel, s'enquiert de ce qui sépare un viol d'un attentat ou, enfin, consulte d'un regard neuf ce qui appartient au registre de l'outrage à la pudeur ou à celui de l'attentat aux mœurs. Mais plus encore : parfois truculente, souvent caustique, toujours rapide, elle nous permet d'entrer dans l'univers d'une législation  naissante. N'oublions pas en effet que l'édification d'un code relatif aux lois sexuelles n'avait pas cours au XVIIIème et prendra réellement forme au début du XIXème seulement. C'est en citant, pour la bonne bouche, de multiples personnalités qui contribuèrent à écrire une page du Code Pénal, ou de célèbres auteurs — Mérimée, Flaubert ou Briand sont ainsi convoqués dans l'ouvrage — que Rose de Saint-Projet chemine dans plus de cent ans d'Histoire. Mais par-delà l'exploration théorique approfondie d'articles, alinéa et attendus qui, en soi, c'est-à-dire sans elle-même, pourraient être fastidieux, nous sommes ici confrontés à l'écriture d'une autre Histoire. Car ce panorama érudit et savoureux des fondements de l'Empire et de l'ère industrielle, à travers les différentes articulations du socle juridique décrit, sait en effet s'enrichir de ressources sociologiques, politiques ou littéraires et n'hésite pas à éclairer ses conclusions de causticité ou d'irrévérence. L'iconographie assemblée — citons seulement la somptueuse Pétition  des souteneurs, véritable document bibliophilique reproduit en fac simile rose — contribue à fonder l'intérêt d'un ouvrage qui, pour le lecteur de ce XXIème siècle naissant — avocat, historien ou psychanalyste — compte en raison, précisément, de son actualité.